Inflammation générale, fréquence cardiaque peu élevée, fatigues périphérique, centrale et mentale… Les courses d’ultra-endurance impactent l'organisme de bien des manières. Mais concrètement, comment réagit-il quand on passe plus de vingt heures sur les sentiers à des altitudes et des températures variées, sans vraiment dormir ?
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Quand on se met à courir, de nombreux changements se produisent. Et ce, dès les premières minutes d’effort. Mais contrairement aux distances plus courtes (allant jusqu’au marathon), les épreuves d’ultra-endurance, qu’elles se déroulent en montagne ou non, ont leurs propres spécificités. Ce que détaille Grégoire Millet, professeur des Universités et chercheur à l'Institut des Sciences du Sport de l'Université de Lausanne, dans l’étude « Les effets immédiats des courses d’ultra-endurance : état des lieux et conséquences pour la santé ». Publiée en 2017, elle reste une référence sur le sujet, notamment au vu du faible nombre de recherches réalisées sur l'impact de l'ultra-trail sur le corps.
Premier point : « une très forte inflammation générale, induite en partie par la lyse musculaire [douleurs musculaires, ndlr]. Celle-ci survient lors des parties de course en descente avec une forte contrainte excentrique au niveau des fléchisseurs plantaires ou des extenseurs du genou (quadriceps) » explique le chercheur.
S’ajoute à cela « une intensité d’exercice très faible en termes de vitesse de course/marche ». La fréquence cardiaque, le volume ventilé (volume d’air qui passe dans les poumons à chaque cycle respiratoire) et la consommation d’oxygène sont par conséquent peu élevés, en comparaison à des courses plus rapides. « La vitesse est inversement proportionnelle à la distance parcourue, et se situe entre 50 et 65 % de la vitesse maximale aérobie (VMA) selon les distances » poursuit Grégoire Millet dans son étude.
Enfin, « une fatigue ‘générale’ importante, induite par la course elle-même (distance, dénivelé, vitesse), ainsi que par des facteurs dits ‘périphériques’. Dans certaines épreuves, la privation de sommeil, les conditions climatiques alpines, et l’altitude par exemple jouent un rôle prépondérant ».
Les trois types de fatigues lors d'un ultra
Les spécialistes sont unanimes. Les courses d’ultra-endurance mettent le corps à rude épreuve. Eric Lacroix, enseignant chercheur à l'Université de la Réunion et entraîneur qui a suivi, de 2006 à 2020, des grands noms de la course de montagne et du trail comme Xavier Thévenard, Émilie Lecomte, Yoann Stuck ou encore Arthur Joyeux Bouillon, parle de trois types de fatigues distinctes.
D’abord la « fatigue périphérique ». « Des signaux de fatigue vont monter au cerveau » explique-t-il. « Il va faire une analyse. Comment fonctionne votre cœur ? Quelle est votre température corporelle ? Fait-il froid ? Chaud ? Quelle est l’altitude ? Parce que le rôle du cerveau est d’avant tout préserver les organes vitaux ».
S’ajoute à cela, la fatigue centrale. « Parce que l’épreuve est longue, répétitive et les changements de températures sont fréquents » poursuit le chercheur. « Le système cardiaque commence également à peiner. En parallèle, le cerveau envoie des signaux disant ‘Eh mon pote, il faut que tu freines un peu parce que j’ai besoin de me préserver’. Ça, c’est un paramètre qui se travaille à l’entraînement. Car le cerveau nous trompe. Dans le sens où Il nous envoie des signaux de fatigue alors que l’on a encore de la force. Il a été scientifiquement prouvé qu’on a encore de la force à la fin d’un UTMB. [...] Le cerveau, on peut le voir comme une ampoule alimentée par un fil électrique. Quand le câblage est fatigué, ça commence un peu à vriller - mais la lumière est toujours allumée. C'est vraiment typique de l’ultra distance. Parce qu’à un moment donné, bien que l’on ait encore de la force, etc., le cerveau prend le relais. D’où la fatigue centrale ».
La fatigue cognitive, cause de nombreux abandons dans le dernier tiers des courses d’ultra-endurance
« Vient ensuite la fatigue mentale. On parle de plus en plus de charge mentale. C’est le taux d’épuisement » poursuit Eric Lacroix. « Quand vous passez plus de vingt heures sur un sentier, il y a cette usure mentale. Un peu comme lorsque vous avez être venu à bout d’un examen de 8 heures. En sortant, vous êtes épuisé. C’est la même fatigue. Une fatigue cognitive. Le cerveau a du mal. Car en course, il est tout le temps en alerte. Il doit visuellement analyser une quantité d'informations, lors des descentes notamment. C’est pour ça que de nombreux coureurs craquent dans le dernier tiers des courses ».
Et le manque de sommeil n’arrange pas les choses. Si du côté des élites, on ne dort quasiment pas, il en va de même au cœur du peloton, de nombreux athlètes passant plus d’une trentaine d’heures en course. Ce qui nuit à la récupération mentale, pourtant essentielle, qui assure notamment lucidité et vigilance sur les sentiers, nous expliquait récemment Bertrand De La Giclais, responsable du centre du sommeil de la clinique d’Argonay-Annecy.
Que se passe-t-il quelques jours après la course ?
« Après la course, le système immunitaire est affecté » détaille Eric Lacroix. « Un petit peu comme si vous étiez malade. Ça dure entre trois et six jours. Ça dépend des gens. […] Je pense qu’aller faire de la récupération active est une erreur. Car il faut pouvoir offrir à son corps du repos complet. Manger, dormir. La régénération est une phase que l’on néglige trop souvent. Et qui fait partie de l’entraînement. Cela va permettre de récupérer physiquement. Et de se ressourcer mentalement ». Au risque d'accumuler de la fatigue pouvant conduire, en autres, au surentraînement.
Ce qu'il se passe dans notre corps lors d'un ultra-trail : les cinq infos clés à retenir
- Une très forte inflammation générale (due à un travail excentrique en descente)
- Une fatigue périphérique (qui s'explique par les conditions de l'épreuve - température, altitude...)
- Une fatigue centrale (se travaille à l'entraînement)
- Une fatigue cognitive, cause de nombreux abandons en fin de course (la faute au manque de sommeil, entre autres)
- Un impact sur le système immunitaire pendant trois à six jours (phase de régénération à ne pas négliger)
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