À 10 jours des élections régionales, Greenpeace France dévoile son « premier classement des régions en fonction de leur dynamique de sobriété énergétique et de conversion vers une électricité 100% renouvelable ». Une lecture simple, qui permet de comprendre en un coup d’oeil les points forts - et les points faibles - des efforts écologiques de chaque région. En tête de liste : le Grand Est. Loin devant l’Auvergne-Rhône-Alpes et la Bretagne, dernières du classement.
Le 20 juin, les Français se rendront aux urnes pour les élections régionales. Mais quel bilan peut-on tirer des actions écologiques menées lors de ce dernier mandat ? Quels sont les meilleurs élèves de la transition énergétique, tandis que la France vise la neutralité carbone d’ici 2050 ? Pour résumer les politiques écologiques régionales de ces six dernières années, Greenpeace vient de publier son premier classement des régions en fonction de leur dynamique de sobriété énergétique et de conversion vers une électricité 100% renouvelable. On vous explique tout.
Aucun carton plein pour les régions françaises. Certaines s’affichent en tête de classe, comme le Grand Est, mais la majorité est estimée « en retard », voire « très en retard » en matière de transition énergétique, comme l’Auvergne-Rhône-Alpes et la Bretagne, dernières du classement. « Ce qui se passe en Auvergne-Rhône-Alpes et en Bretagne actuellement est un énorme gâchis, qui menace la transition énergétique au niveau national, tant le potentiel de ces deux régions est important », se désole Nicolas Nace, chargé de campagne Transition énergétique à Greenpeace France.

Que révèle ce bilan de la consommation énergétique ?
D’abord, les bonnes nouvelles. Les régions Hauts-de-France, Grand-Est et Île-de-France affichent une « trajectoire ambitieuse de baisse de la consommation d’électricité », rapporte Greenpeace. Par exemple, le Grand-Est - en tête de peloton général - doit notamment sa réussite à l’éolien. Si son développement des énergies renouvelables et sa baisse de consommation d’électricité se poursuit à ce rythme, la région pourrait même « continuer à produire plus d’électricité qu’elle n’en consomme, même en fermant ses vieux réacteurs nucléaires ».
À mi-chemin, se trouvent le Centre-Val de Loire, et la Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui démontrent une « dynamique de réduction de la consommation d’électricité encourageante, mais doivent tout de même redoubler d’efforts pour attendre le premier objectif de 2030 ».
Cependant, dans huit régions sur treize, la réduction de la consommation d’électricité est jugée « insatisfaisante ». Et ce n’est pas tout. « Parmi elles, dix régions voient même leur consommation tendancielle augmenter entre 2013 et 2019 : Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne, Corse, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Pays de la Loire. Les deux autres, Bourgogne-Franche-Comté et Normandie, ont bien réduit leur consommation d’électricité sur cette période mais de façon bien trop insuffisante (respectivement vingt et quatre fois trop peu) ».
À quoi sert le classement de Greenpeace ?
Ce classement fait office de « bilan des ambitions affichées par les responsables régionaux », et permet d’évaluer le chemin parcouru lors de ce mandat régional. Les 13 régions françaises ont chacune été notées selon quatre critères : « la réduction de la consommation d’électricité, le développement de l’éolien terrestre, de l’éolien en mer et du photovoltaïque ».
Cependant, ces territoires présentent des profils très variés, et n’ont pas tous la possibilité de développer des champs d’éoliennes terrestres ou en mer, par exemple. C’est pourquoi Greenpeace France a déterminé des « trajectoires, baptisées SobRE », qui tiennent compte de nombreux critères : la démographie, la présence forte ou non d’industries énergivores, les besoins de chauffage liés au climat, le potentiel de production renouvelable de chaque région, ou encore la disponibilité foncière.
Les résultats de cette étude mettent en lumière les « éventuelles bonnes pratiques de lutte contre le gaspillage énergétique », et pourraient inspirer la généralisation à l’ensemble des régions françaises « l’utilisation rationnelle de l’électricité », précise Greenpeace. En d’autres termes, ce classement pointe précisément les efforts à fournir par les régions pour réduire leur consommation actuelle, tout en équilibrant les sources de production d’électricité. Un outil précieux, que les 13 régions seraient bien inspirées de prendre en compte.



Quel est le rôle des régions dans la transition ?
Les régions jouent un rôle non négligeable dans la transition écologique française : elles planifient, accompagnent, et financent les projets d’énergies renouvelables, et les économies d’énergie. « Depuis six ans, elles doivent se fixer des objectifs clairs en matière de baisse de la consommation énergétique et de développement des énergies renouvelables. Au niveau électrique, elles ont ainsi la possibilité de concrétiser un scénario 100% renouvelable à l’horizon 2050 », explique Greenpeace.
Comment atteindre la neutralité carbone ?
En France, la progression vers la neutralité carbone est en partie supervisée par la « Stratégie nationale bas carbone » (SNBC). Cette dernière a pour objectif de « détailler la transition écologique nécessaire pour chaque secteur d’activité, à la fois en termes de réduction de la consommation énergétique, et de remplacement des énergies fossiles par des énergies bas carbone. Ces deux volets, sobriété énergétique et décarbonisation des activités et usages, sont deux des milliers indissociables de la transition énergétique qui vont amplement métamorphoser l'organisation de la société dans les trois prochaine décennies », rappelle Greenpeace.
Pour y parvenir, la France doit donc passer par « l’électrification d’une partie significative des usages qui dépendent aujourd’hui des énergies fossiles : pétroles, gaz fossiles et charbon » - comme les transports, par exemple. En sachant, précise Greenpeace, que la sobriété et l’efficacité énergétiques devraient engendrer "une baisse de la demande pour de nombreux usages actuels d’électricité ».
Miser sur l’électricité est-il plus polluant ?
Aujourd’hui, la production d’électricité en France est « faiblement émettrice de gaz à effet de serre (en comparaison de celles de ses voisins européens) grâce des moyens de production majoritairement bas carbone, et à un recours modéré aux énergies fossiles ». Un bon point pour la France, donc, mais se pose la question de sa source de production majeure : le nucléaire. Actuellement, l’Hexagone se repose sur 56 réacteurs, qui ont fourni « environ les 3/4 de l’électricité produite en France (67% en 2020) ». À titre comparatif, le nucléaire émettait « 12 g de COZ par kWh » en 2017, contre « 490 g de CO2 par kWh » pour le gaz, d’après YouMatter et un rapport du GIEC. L’éolien, lui, avait un score de 11 g.
« Mis en service entre 1979 et 2000, les tous derniers réacteurs auront dépassé les 50 années de fonctionnement en 2050 si leur durée était prolongée jusque-là », remarque Greenpeace, qui s’inquiète du « pari risqué et déraisonnable » que cela pourrait représenter. Sans oublier le problème du stockage des déchets nucléaires, et des risques qu’ils représentent. Dans cette logique, la France s’est engagée à ne pas excéder 50% de production électrique d’origine nucléaire dès 2035. C’est pourquoi la transition énergétique s’annonce comme l’un des enjeux les plus importants des actions régionales dans les années à venir.
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